Le Foutoir.© _______________ Nouvelle écrite avec un ami en mai 2008.



Follis. Petite bourgade pittoresque française réputée pour son université privée, son immense terrain de golf, sa mine de charbon trois étoiles, son fantastique marchand de Kebabs et son asile de fous complètement décadent. D'ailleurs, tellement décadent qu'il s'est peu à peu mis à l'écart de la ville. Eloignement qui n'aurait pu être stoppé que par une falaise. Ce qui fut, au grand désespoir des responsables de l'établissement, bien évidemment le cas. Désespoir causé par les suicides indépendants de la vonlonté du plein gré des pensionnaires. En clair, des chutes, dues à la négligence des gardiens, maquillées en suicides par la direction.
A l'entrée du bâtiment, sur une vieille pancarte décrépie surplombant un ancien portail, on pouvait lire son nom, ainsi que sa devise: “ Le Foutoir : Ici, on soigne la folie dans le foutoir, pas les fous foutus...”. Une fois le défi intellectuel causé par cet obstacle vaincu, une vaste cour s'offrait au regard du visiteur (bien qu'ils se fassent rares). Ayant traversé la cour, cet éventuel visiteur aurait pu entendre les bribes d'une conversation animée :
- Il est impératif, mon cher Fromton, que cette fois-ci vous accordiez la plus grande attention au bien-être des nouveaux arrivants...
- Oui, mais bon, un fou de plus ou un de moins, ça ne change pas grand chose finalement.
- Soyez correct! De quel droit vous permettez-vous de parler ainsi?
- Je ne pensais pas que vous attachiez autant d'importance à la “bonne santé” de nos hôtes, Madame la directrice.
- Je n'ai que faire de la santé de ces perturbés, mais vous n'êtes pas sans savoir que la visite d'un inspecteur est imminente! Mon poste ici en dépend, il est absolument hors de question que je retourne apprendre à lire à des enfants handicapés.
- Ah bon, un inspecteur? Et quel est donc mon intérêt dans cette démarche?
- Euh... Je ne sais pas, mais nous en rediscuterons, dans un futur proche...”
Elle se pencha avec élégance et chuchota quelques mots à l'oreille du gardien chef Fromton qui rougit et fit: “Glurps”.
Herbert Fromton n'avait pas atteint son poste de petit chef en réfléchissant aux ordres qui lui étaient adressés, il les appliquait, c'est tout. Par contre, il avait compris que cette méthode lui facilitait la vie et lui permettait d'éprouver un sentiment de devoir accompli. Il n'en était pas bête pour autant, il lui était même arrivé de lire des livres se liant à son travail. Entre autres: “Les enquêtes de Monsieur Seguin” et “J'obéis à mon maître pour les nuls”. Il y a un an, à presque 40 ans, il vivait encore auprès de sa chère mère, mère qui pour une raison inconnue fut internée au Foutoir. C'est pourquoi, ne pouvant se détacher du cordon ombilical, il sollicita un poste de gardien.
- Bon, proposé ainsi, je ne puis refuser d'accomplir mon devoir.”
Sur ces derniers mots, il se dirigea vers la sortie et Madame la directrice lui fit un clin d'oeil furtif.
Fromton trônait dans son bureau tel un roi de la paperasserie, il étudiait attentivement les dossiers des pensionnaires les plus récents. Pas trop attentivement tout de même, car Herbert était de ces hommes qui craignent d'être étudiés par les écrits eux-mêmes plutôt que l'inverse. Il espérait arriver au bout de cette tâche administrative le plus rapidement possible. Au plus tôt il aurait terminé, au plus tôt la directrice pourrait...
Il rougit tout seul et fit: “Glurps!”.
Cinq fichus dossiers l'attendaient, cinq malades de plus. Il prit le premier de ceux-ci :

“ Gaston Sozky.
Sexe masculin, facteur, ancien siamois, atteint de schizophrénie contrariante, ne fait les choses qu'à moitié, potentiellement dangereux.
A été envoyé ici pour avoir tenté de recoudre la tête de son frère à la sienne dans le but de combler son vide spirituel. Licencié pour avoir coupé les lettres en deux avant de les poster.
[...]


Gus Fécault.
Sexe masculin, Monsieur Pipi dans un centre commercial, atteint d'un syndrome merdique, profane parfois la bible de manière merdique mais ne peut s'en empêcher. Dit les choses compulsivement.
A été envoyé ici pour s'être rendu au Vatican et s'être soulagé compulsivement sur la soutane de Notre-grand-Seigneur-le-Pape.
[...]


Stanislâs.
Sexe indéterminé, améliorateur syntaxique, présentant de nombreux T.O.C., fait tout parfaitement, les autres le désespèrent par leurs imperfections et ceux-ci sont désespérés par sa perfection parfaitement parfaite.
A été envoyé ici pour avoir fait une crise de démence en découvrant qu'aucun flocon de neige n'était identique.
[...]


Fromton soupira. Jusqu'à présent tout allait bien. Rien de bien alarmant à signaler, si ce n'est que l'état du schizophrène et du perfectionniste le perturbait. Mais après tout, une demi personnalité additionnée à une personnalité parfaitement complète égalait à deux personnes “normalement” folles. Et jamais une personne “normale” n'aurait pu impressionner Herbert Fromton. Au pire, elle lui faisait faire “Glurps”.
Il soupira encore et saisit l'avant-dernier dossier. Il semblait plus épais que les précédents.

“Lilou Louli.
Sexe féminin, travaille à la SPA, s'arrange toujours pour perturber le monde qui l'entoure dans les lieux publics. Voit la vie en rose, au propre comme au figuré. Se prétend hippie et télépathe...
A été envoyée ici pour avoir été prise de pitié et avoir libéré des canards en vente sur le marché de la place en criant : “Z'êtes fou! Z'avez pas honte!?”.
[...]


Djihèf Samperzone.
Sexe masculin, professeur de morale, invente des paradoxes dans le but de semer le trouble dans l'esprit perturbé des gens “normaux”.
A été envoyé ici pour avoir tenté de démontrer, lors d'une réunion chez les paranoïaques anonymes, que le monde était fou.
[...]


La voix criarde de la directrice, dans l'interphone, l'interrompit dans sa lecture. “Fromton! Vous n'entendez donc pas ce vacarme incessant!? Faites que cela cesse , bon dieu!”. Bien content d'avoir une excuse pour quitter son poste, il se précipita avec hâte vers l'origine du bruit. Au bout du couloir, il tomba nez à moustache devant son assistant. Ils échangèrent un simple regard, signifiant qu'ils s'étaient compris quant à la procédure à suivre. Ils se dirigèrent d'un pas tout à fait quelconque vers la sortie et allèrent se griller quelques cigarettes en attendant que les fous s'évanouissent d'épuisement.
Le brouhaha qui provenait du réfectoire était le résultat du projet musiquorchestral réalisé par les perturbés. L'orchestre en question était composé d'une flûte de Pan, d'un cor de chasse, de maracas et d'une batterie. Autrement dit, d'un assemblage de pailles, d'un tuyau de canalisation soigneusement coupé dans les sanitaires et de bouteilles contenant du riz piqué à la cuisinière. Quant à la batterie... Et bien, elle était composée de cinq casseroles, et pour les sons plus aigus, deux ou trois fous faisaient très bien l'affaire. Cette fanfare improvisée prit fin à l'heure du couvre-feu. C'est sous l'oeil vaguement vigilant des gardiens qu'ils se couchèrent en se plaignant, une fois de plus, du manque de confort de leurs chambres.
Après une nuit plus que mouvementée, Herbert quitta la chambre sub-hiérarchique pour sonner la cloche matinale.
Les yeux mi-clos, les pensionnaires mal réveillés déjeunaient à l'aide de couverts en bois. Mesure de sécurité qui, à l'évidence, était assez inutile, puisqu'ils réussissaient tout de même à couper un steak. Par conséquent, le fait de se crever un oeil n'était pas impensable. Le ventre à moitié plein, les cinq nouveaux arrivants sortirent s'aérer le cerveau au fond de la cour et entamèrent la discussion. Lilou prit la parole sur un ton enjoué :
- Ah tiens, vous avez vu la nouvelle collection de camisoles en vente sur ebay? C'est fou tout ce qu'on arrive à faire aujourd'hui! Quelle technologie!
- Ma chère, répondit Stanislâs, vous vous faites manipuler par le pouvoir d'achat! Il faut être sot, ou footballeur, pour trouver une utilité à l'acquisition d'une camisole!
- Oui, mais bon, elles étaient vraiment jolies ces camisoles...Y avait même des fleurs roses imprimées dessus.
- Certes, de toute façon, pour vous chaque chose est jolie, du moment qu'elle présente quelques fleurs.
- Symbole du “Peace and Love”. De toute façon je vois pas ce que tu as contre les fleurs, rétorqua-t-elle; Eh, un trou... ajouta-t-elle sur un ton surpris et distrait.
- Quel trou?
- De quoi le trou?
- Vous venez de vous exclamer: “ Eh, un trou!”. Alors expliquez-vous...
- Bah si, regarde là-bas sur le mur au fond de la cour...
Effectivement, le mur d'enceinte laissait apparaître un trou, causé par un bombardement datant de la Seconde Guerre mondiale. La direction avait souhaité préserver ce souvenir en mémoire de l'efficacité de l'armée française... Hum.
- Bien sûr que non, il n'y a pas de trou! répliqua Djihèf.
- Mais si! T'as pas entendu le narrateur? dit Lilou.
- Hein? Enfin soit, je vous explique, écoutez attentivement : Un trou, par définition, c'est vide, donc autrement dit, c'est plein de vide, et si c'est plein, ce n'est plus vide. Donc, le trou n'existe pas! Et ce même trou non existant peut être rempli par un crétin qui est tombé dedans parce qu'il ne l'a pas vu et s'il ne l'a pas vu, ça veut dire que le trou n'existe pas.
Regards perplexes de l'assemblée...
- Hey ! J'ai une idée ! Et si on sortait ?
- Paradoxalement, cette proposition me semble impossible.
- Paradoxe merdique, sortons, rétorqua Gus.

Il s'ensuivit un débat, débat au cours duquel ils décidèrent de la manière la plus crédible et la plus logique de faciliter le passage par le trou inexistant.
Après une demi-heure de discussion acharnée, ils réussirent enfin à se mettre d'accord : Ils formèrent une échelle humaine afin d'escalader le mur et se dirigèrent vers la ville. Bien qu'ils ne considèrent pas cela comme une évasion, il en était tout autre pour Madame-la-Directrice qui ne s'attarda pas à engueuler Son-Cher-Gardien-Chef-Fromton. Ce même Gardien-Chef-Fromton, n'avait pas réellement été touché par cette engueulade directo-Fromtonienne. Il savait pertinemment la direction qu'avaient pris les fous. Il avait lu des livres, il savait que les fuyards prenaient toujours la route du Sud, il savait donc qu'il lui suffisait de les attendre au sud pour les coincer.

Tandis qu' Herbert, sa moto et son assistant filaient vers l'Espagne, les évadés s'étaient introduits clandestinement dans une salle de cinéma. Endroit idéal pour s'adonner au lancer de m&m's sur la tête du gros monsieur chauve au premier rang ou encore le craquage de chips forcé à proximité des petits vieux... Activités vedettes des cinémas que Lilou se faisait une joie d'accomplir en s'écriant : “ Allez frères Z'm&m's, je vous rends votre liberté !” Le gros monsieur chauve du premier rang, en accord avec les lois des salles obscures, se retourna en lui jetant un regard vaguement agacé qui semblait vouloir dire “je suis vaguement agacé”, puis il se concentra à nouveau sur le film. Tout en redoublant d'effort dans son canardement chocolaté, elle se mit à répéter la réplique de l'acteur, “Biloute hein!”; avec un rythme incessant. A présent, elle semblait déranger la totalité de la salle, c'est pourquoi, deux vaillants monsieurs équipés de regards méchants et de lampes torches les firent sortir, non sans mal.
Leurs dernières injures, à l'égard de la populace, furent : “ Z'êtes fous ! Quelle décadence décadente! Z'avez pas honte !?”. Et sous les regards de compassions hypocrites, ils se firent jeter dehors comme des mal-propres.

Soumis à un influx nerveux signalant leur famine, ils entrèrent en trombe dans le restaurant le plus proche. Ils s'approchèrent du garçon de salle et Gus dit:
“- Alors, nous voudrions cinq hamburgers, dont un végétarien, s'te plaît.
- Monsieur, répondit le larbin offusqué, vous êtes dans un restaurant de grand standing.
- Oh, s'cuse moi, répondit-il en se retournant vers son compagnon parfait; Vas-y, dis-le à ma place, je comprends pas un mot de son langage merdique.
- Monsieur le majordome, reprit Stanislâs, mes compagnons zet moi-même voudrions faire l'acquisition de quatre pièces de votre meilleure viande hachée, dans un pain, sileuvousplait...
- Nous ne servons pas les individus de votre espèce, répondit-il l'air dédaigneux.
- M'enfin!Qu'est-ce que notre espèce vient faire là-dedans ? Le fou n'a juste qu'un faux pli dans la cervelle, c'est tout. répliqua Djihèf.

Tandis qu'une dispute éclatait entre Djihèf et le laquais de luxe, le reste de la bande en profita pour vagabonder entre les tables et piocher dans les assiettes de leurs amis les snobs. Ceux-ci, dépourvus de toute fibre généreuse, ne manquaient pas de s'exclamer, l'air indigné : “Mais retirez donc vos mains de mon saumon fumé au caviaâar !” ou encore “Oh chéri! Cette créature a eu l'audace de toucher ma nouvelle tenue de chez Gucci, dites quelque chose voyons! ; -N'hayez crainte très chère, je vais la faire fuir hà l'aide de mes couverts en hargent."
L'étroitesse d'esprit se cachant derrière les monocles étant encore plus grande que celle des vaillants vigiles qui hantent nos cinémas, c'est à grands renforts de coups de pied au cul que les fous furent expulsés.

Pendant ce temps, Fromton franchissait la frontière espagnole.
“- M'sieur Fomton, j'crois qu'on est partis trop au sud. Ils n'ont pas pu faire tout ce chemin à pied, dit l'assistant tandis qu'ils faisaient le plein d'essence.
- Ils ont très bien pu voler une voiture ou monter dans un train, rétorqua Fromton, et de toute façon s'ils ne sont pas encore passés, ils passeront forcément ici, il suffit de les attendre.
- Mais enfin m'sieur! Ils pourraient passer par des dizaines d'autres endroits! De plus, il est pratiquement impossible qu'ils viennent jusqu'ici, ils n'ont même pas d'argent...
- Mon petit Icks, on voit bien que vous êtes nouveau dans le métier. Jamais des malades mentaux ne resteraient dans une ville! Tous les bons gardiens vous le diront: c'est vers le sud que fuient les fous. En parlant d'argent, combien avez-vous pris?
- Eh bien... c'est que... en fait j'avais pensé que...
- Crachez le morceau, petit, de combien disposons-nous?
- De rien du tout, m'sieur Fromton, j'avais pensé que nous n'en aurions pas besoin.
- Oh, vous avez pensé!? On ne vous paye pas pour penser mais pour obéir aux ordres! Comment va-t-on payer l'essence maintenant?
- Euh... nous pourrions donner quelque chose en guise de payement?
- Excellente idée. Enlevez votre pantalon, ça devrait faire l'affaire.
Icks regarda son supérieur de haut en bas (ou plutôt du bas vers encore plus bas) d'un air étonné.
- Mon... mon pantalon?
- Exécution, Icks! Immédiatement!

Toujours en proie à une faim intolérable, les fous déambulaient dans la ville, à la recherche de quelque chose à se mettre sous la dent. Après en avoir parcouru une partie, ils virent un grand nombre de personnes se diriger vers le même objectif. Suivant la théorie de Djihèf selon laquelle un tel rassemblement ne pouvait être causé que par la promesse d'un festin, ils se décidèrent à les suivre discrètement.
Ces personnes pleuraient, ils ignoraient le pourquoi du comment, mais Djihèf lança:
“- Mes amis, ces gens semblent faire l'objet d'un comportement étrange, je suggère de faire de même pour les mettre en confiance et ainsi pouvoir s'approcher du buffet. Il est juste dommage que nous n'ayons pas de jolis costumes noirs comme les leurs, l'illusion aurait été parfaite.
- Oh, mais moi j'ai des jolies marguerites sur ma blouse! Ca compte pas ça? s'interrogea Lilou.
- Ca pue les marguerites! répondit Gus.
Trop affamée pour remarquer cet affront fait aux fleurs, Lilou se dirigea vers le buffet, suivie de près par les quatre autres. Elle empoigna un sandwich, en prit une énorme bouchée et s'approcha d'une femme à qui elle demanda :
" - Dites m'dame, vous v'nez chouvent ichi?
La femme éclata en sanglots et Stanislâs s'immisca dans ce début de conversation qui semblait ne pas avoir de suite :
- Alors, je vous explique, quand on est une personne civilisée, vivant dans un monde civilisé, on se doit de ne pas se donner en spectacle dans une telle situation. Vous devriez tout d'abord mâcher la bouche fermée et vous ne devriez point parler la bouche pleine, voyons.
- Toi zauchi tu pourrais fermer ta pouche quand che manch'!
Intrigué par ce dialogue, un homme se dévoua pour parler à ces "profanateurs de deuil":
- Vous êtes de la famille du défunt?", leur demanda-t-il.
- Possible... répondit Djihèf avec désinvolture. Pourquoi?
- Oh, toi mon p'tit gars, à ta place je ferais pas l'malin... Je vous conseille de quitter cet endroit sans faire d'histoire. Sinon...
- Sinon ça va chier ? Nom de dieu! demanda Gus.
S'acquittant rapidement d'un dernier sandwich, ils se précipitèrent vers la sortie.
Ils se baladèrent longuement, plus de deux minutes, avant de faire une rencontre qui allait bouleverser leurs vies... ou pas.
Un homme, doté d'un pain banal et d'une tête banale, vêtu d'un costume trois pièces(également banal), sortait d'une boulangerie typiquement banale. Tant de banalité paraissait peu banal aux fous. Ceux-ci le trouvaient tellement original qu'ils voulurent parcourir un bout de chemin en sa compagnie. Retardés par Gaston, dont le cerveau oubliait d'envoyer un signal afin de faire avancer sa seconde jambe, ils n'arrivèrent au domicile de l'acheteur de pain, se trouvant au bout de la rue, qu'à la tombée de la nuit. Avec beaucoup d'insistance, et particulièrement de chantage, ils parvinrent à se faire inviter.
- Wah ! C'est drôlement! dit Gaston.
- Merdique! acheva Gus.
- Dis, c'est quoi ton p'tit nom? demanda Lilou.
- Charles Dupont...
- Ah! Vous êtes né sur un pont, alors on dit que vous venez du pont? C'est ça?
- Euh non, quelle idée!? Enfin soit ! Je vous accueille chez moi par pitié, cela étant dit, il va falloir que vous respectiez certaines règles...
- Oui oui, bien sûr mon bon monsieur, vos désirs seront des ordres... affirma Stanislâs; Quelles sont-elles?
Charles Dupont n'avait pas l'habitude d'héberger ce genre d'individus chez lui. D'ailleurs, il n'avait pas pour habitude d'inviter qui que ce soit à passer la nuit chez lui. Il se souciait trop de ce qu'on pourrait en penser. Après tout, le voisin est un animal nuisible assez proche de l'homme. Il vaut mieux être prudent... Monsieur Dupont détestait les fous, et c'est pour cela qu'il s'efforçait de paraitre le plus sain d'esprit possible. A un point tel qu'il en était devenu fou. Mais il était tellement persuadé de sa stabilité mentale qu'il ne s'en était jamais aperçu. Il ne s'en était pas rendu compte parce qu'il n'était pas assez sain d'esprit pour mesurer l'étendue de sa folie.
- Premièrement, il est formellement interdit de laisser filtrer la moindre injure dans cette maison.
- Merde!
- Faut l'excuser m'sieur, il contrôle pas, rattrapa Lilou.
- Deuxièmement, afin de préserver ma réputation d'homme inexistant, il est impératif que vous vous comportiez comme tel également.
- Et qu'entendez-vous par là ? s'écria Stanislâs occupé à ranger les étagères dans la pièce voisine.
- Mais... Que faites-vous dans ma cuisine?! Qui plus est dans mes armoires? demanda-t-il étonné et surpris. Et arrêtez de crier je vous prie! Et vous, cessez de jouer avec le volume de la télévision! Mais enfin, cessez ce vacarme, je me tue à vous le répéter! ajouta-t-il tout en perdant son sang froid.
- Eh bien, mes amis, laissons-le mourir, proposa Djihèf avec sarcasme.
- Oh! C'est pas gentil ! dit Lilou.
- J'allais faire la même réflexion, mais comme vous semblez tous aussi névrosés les uns que les autres, je vais m'abstenir...
- Comment ça des névrosés? s'offusqua Djihèf. C'est vous le névrosé! Pas eux, pas moi!
- Ne dites pas n'importe quoi, aucun de vous n'est capable d'avoir un comportement normal.
- Parce que c'est un comportement normal que de vouloir être normal? Vous ne vous êtes jamais dit que les gens que vous pensiez fous ne faisaient que voir une réalité différente de la vôtre? Et qui sait si ce n'est pas leur vision des choses qui est la plus réelle, et que vous, vous êtes fous et que “votre” réalité n'est que le reflet de votre folie... Depuis que nous sommes sortis du foutoir, j'ai vu des gens qui regardaient un film comique avec le plus grand sérieux. J'ai vu des snobs qui dépensaient des fortunes pour manger une portion de nourriture minuscule. Partout où nous avons été, on nous a chassés parce que nous dérangions. Nous dérangeons car nous représentons ce qu'ils sont tous, sauf qu'ils ne peuvent l'admettre. On dit parfois des gens qu'ils sont fous quand ils font des choses que ne font pas le commun des mortels. Vous, vous faites des choses tellement dénuées de folie que vous êtes passés de l'autre côté, vous êtes un fou voulant se faire passer pour un sain d'esprit. Mais personne n'est sain d'esprit, la vraie folie, c'est la raison. Il faut être fou pour vouloir être normal. Qui est le fou? Moi ou vous? Nous...
...
Lilou, sais-tu où sont les autres?
- Euh... Gaston s'est endormi dans le panier du chien, Gus dans la baignoire et euh... Je crois que Stanislâs s'est évanoui devant le tiroir à couverts...
Effectivement, après avoir aligné parallèlement les diverses boîtes de conserves qu'occupaient les armoires, il s'était retrouvé face au tiroir à couverts. A cette vue plus que désordonnée, ne sachant où en mettre la tête, il se sentit fébrile et s'évanouit.
- Va les réveiller, nous n'avons plus rien à faire ici, on s'en va...
- Oh! On rentre chez nous?
- Oui, au foutoir.
- Oh... Déjà?!
- Oui, ne discute pas s'il te plaît.
Elle s'exécuta avec déception. Et lorsque Stanislâs eut recouvré ses esprits, que Gaston eut restitué la place respective du chien et que Gus eut remis les canards en plastique dans leur lieu d'origine, ils franchirent le pas de la porte. Charles les rattrapa...
- Je... je... je ne suis pas fou! dit-il enfin, hésitant.
- Accrochez-vous à cette idée... répondit Djihèf tout en s'éloignant.

Trois jours plus tard, notre chère Directrice reçut un nouveau dossier à traiter :
“Charles Dupont, sexe masculin, inspecteur, maladie mentale indéterminée, mais présente de nombreux troubles de paranoïa.
A été envoyé ici pour tapage nocturne (plaintes du voisinage).
[...]

Etonnée par la déchéance soudaine de l'inspecteur qui devait faire l'inspection du foutoir, elle fut d'autant plus surprise de recevoir une lettre de l'administration qui l'informait de sa future promotion. D'autant plus surprise que cinq fous avaient déserté les lieux incognito et étaient revenus en faisant de même. D'ailleurs, elle était restée un long moment sur la sellette. Plus étrange encore, elle n'avait plus, non plus, de nouvelles de Son-Cher-Gardien-Chef-Fromton.
Il ne lui restait plus qu'à accueillir le nouveau pensionnaire, qui allait pouvoir prendre tout son temps pour inspecter les lieux... Celui-ci ne tarda pas, indépendamment de la volonté de son plein gré, à tomber dans la falaise du désespoir.

Quant à Fromton, retenu en Espagne à cause d'une panne sèche, accompagné d'Icks dépourvu de pantalon, couché au bord de la route et tenant une cigarette entre ses lèvres, donnait encore et toujours des conseils plus qu'inutiles à son assistant.
- Plus haut le pouce, petit!
- Mais... mais, si les gens me voient sans pantalon, ils vont me prendre pour un fou et ils ne s'arrêteront jamais...
- Taisez-vous! Plus haut le pouce j'vous dis !
- Mais... mais ça fait plus de deux jours... J'ai fait la manche pour vous nourrir, pour que vous vous hydratiez, vous savez bien que je tiens à vous, mais bon... Je ne suis qu'un être humain qui risque d'être fou d'ici peu, si vous continuez ainsi...
- Un fou de plus ou un de moins...
- Oh et puis zut ! Débrouillez-vous, je démissionne, voilà j'abandonne !
- Ne dites pas de bêtises, qu'est-ce que vous allez faire sans moi?
- Prendre la route du nord, par exemple.

FIN.

“Les Français enferment quelques fous dans une maison, pour persuader que ceux qui sont dehors ne le sont pas” [Montesquieu].
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# Posté le dimanche 29 mars 2009 05:49

Il manque une case à son patchwork.©



Il est exactement 17h53. On entend le clapotement faible et régulier de gouttes d'eau causées par un robinet mal fermé. Debout, elle contemple l'araignée. Pas celle qu'elle a au plafond, mais celle qui est là, juste devant. Une géante velue aux treize yeux carnassiers. Pourquoi la condamne-t-elle du regard? Cette 'poly-observation' l'intimide. Elle a peur. La peur se lit dans ses yeux. L'autre en profite. Elle l'épie, la transperce, dévoile à la foule ses moindres secrets. La foule, c'est les voix derrière. Elles la jugent, l'enfoncent, l'écrasent comme une vulgaire cigarette mal consumée. L'araignée se découvre. Elle perd ses poils. Sa laideur s'enlaidit. Elle est à présent nue. Sa chaire semble humaine. L'humain est effrayant. Ses pattes tombent. Le “clap” s'intensifie. Elle tourne sur elle-même. Vite, très vite, semblable à une toupie. Silence. Elle ralentit. Elle s'arrête. 'Elle' est devenue 'il'. Noir est devenu Orange. L'araignée nue et sans pattes est devenue le tournesol sans tige et sans pétales. Il réclame le soleil. Il cherche le soleil. Il le trouve. Là, en face. Debout, elle sent la chaleur. Sa peau sèche. Ses joues sont rouges. Elles piquotent. Elles brûlent. Elle crie. Elle hurle. Aucun son ne sort. Elle a mal. Elle se couche. Adopte la position foetale. Elle regarde le sol. Il est tapissé de cases multicolores. Il en manque une. Un oubli. Elle tombe. Le trou est noir. L'eau est froide. Le savon douloureux. L'eau monte. Les murs se ressèrent. Aucune issue. Elle s'accroche. Elle lâche. Elle étouffe. Elle se noie. Elle ferme les yeux. Elle ne bouge plus. Elle est apaisée. Elle sent un liquide froid parcourir ses veines : le puissant sédatif qu'on lui a injecté.

*


Il est 18h06. La fille qui est là, couchée à même le sol, est une malade, une malade mentale. Les médecins n'ont même pas pris la peine de l'allonger sur un lit. Elle fait juste office de cobaye. Ils la regardent. Non pas avec compassion. Mais avec ce regard fataliste signifiant que la pauvre fille, derrière la vitre, n'est pas prête de quitter l'état apathique qui l'habite. Elle est jeune. Elle est frêle. Elle est cloîtrée entre quatre murs. Cela fait trois jours déjà. Elle a pris cette décision seule, ou presque. Les voix la narguaient, la manipulaient, l'insultaient, la guidaient avec force. Elle, elle faisait semblant d'ignorer, comme toujours. Mais cette fois-là, les exigences étaient allées trop loin. Sa meilleure amie était là, dans son appartement. Elle avait glissé du sucre dans le fond de sa tasse. C'était une voleuse, une voleuse de sucre. Sur le gaz, le contenu de la théière commençait à crépiter. Il fallait la punir. Le vol est un acte de criminalité hautement condamnable. Il n'y avait pas de juge. Elle ne pouvait pas rester non-coupable plus longtemps. Elle risquait de reproduire à nouveau son geste. L'eau commençait à bouillir. Il fallait agir. Elle ne l'a pas fait. Elle n'a pas agit. Elle ne les a pas satisfaites. Dans une inter-lucidité, elle a pris conscience de ces supplications absurdes et a préféré se faire interner. Elle avait trouvé une limite : se faire du mal, elle pouvait; faire du mal à autrui, elle ne pouvait pas.

*


Il est 22h19. Elle se réveille. Il fait noir. Elle a peur. Elle a peur du noir. Elle est couchée sur un lit. Oui, les blouses-blanches ont troqué la camisole contre des lanières de cuir et un lit. Ses mains sont immobilisées. Encore. Ca gratte. Des fils relient sa tête à une machine. Elle ne sait pas pourquoi. Ils ont pris l'habitude de ne rien lui dire. Ou pas. Elle ne sait pas. Elle est abrutie par les neuroleptiques. Catatonisée par les calmants. Elle ne se souvient pas. Elle ne se souvient plus. Elle se pose des questions. Trop de questions. Comme toujours. Sont-ils venu la voir? Pensent-ils à elle? Savent-ils qu'elle existe? Non. Quelle question. Ils sont en vacances. Avec son frère. Le petit dernier. Leur oxygène. Il n'y a plus de soucis à se faire. Ils peuvent oublier. Le dioxyde de carbone a pris congé. Dans une maison avec un joli jardin. La seule différence, c'est qu'il ne l'a pas encore vu ce jardin. Elle pense. Elle pense au passé. Non pas au futur. Elle n'a pas de futur. Elle n'a pas d'avenir. Elle n'a que des livres. Un amas de livres entassés. Avant de tout quitter, de tout abandonner, elle aurait voulu les aimer. Une fois encore. Sentir la perfection avec Süskind. Aller au zoo avec Ionesco. Flotter comme un grand lys avec Rimbaud. S'abrutir au soleil avec Camus. Stop. Non. Elle ne doit plus espérer. Pas pour l'instant. Elle n'humera plus de Parfum. Elle ne verra plus de Rhinocéros. Elle ne se noiera plus avec Ophélie. Elle ne rencontrera plus L'Etranger. C'est comme ça. Point. Attendre. Elle doit attendre. Elle attend. Elle attendra. Elle comptera ses battements de cils. Toute la nuit. C'est tout.

*


Il est 07h32. Ils sont là. Le médecin et l'infirmière. L'un amène des résultats, l'autre un plateau repas. Elle a faim. On la libère. On la regarde. Elle mange. Pas grand chose. Elle a finit. Déjà. Il commence. Il parle. Il parle avec des sons et des mots. Elle ne les comprend pas. Trop scientifiques sans doute. Elle n'a pas fait médecine. Il tourne. Il tourne autour du pot. Non. Pas le pot de chambre. Il questionne. Des questions banales. Posées une nouvelle fois. Encore. Elles sont faciles ces questions. Elle s'ennuie. Elle en a marre. Elle veut savoir. L'interrogation se corse. Oui, son grand-père est mort fou. Oui, c'était le père de sa mère. Non, elle ne sait pas si sa mère a eu la grippe. Elle ne sait pas si sa mère a eu un virus entre le troisième et le sixième mois. La grossesse elle l'a passée dans un utérus. Elle ne sait rien d'autre. Il se fout de sa gueule. Elle ne peut pas répondre. Il le fait exprès. Il la teste. Il teste sa lucidité. Elle n'est pas folle. Elle a envie d'être dans un parc naturel. Elle a envie de prendre la place d'un lama. Elle se métamorphose spirituellement. Non. Elle ne peut pas le faire. Ce serait inapproprié. Elle ne s'est pas brossées les dents. Elle se retient. Il continue. Oui, elle a été bercée par le stress. Un stress permanent. Non, son père n'était jamais là. Métro, boulot, dodo. Oui, un père absent. Blablabla. Ca y est, il a finit. Enfin. Le verdict approche. Tout se confirme. C'est ce qu'il avait avancé à ses collègues. Antecédants familiaux. Hallucinations. Délires. Incohérences. Désorganisation. Paranoïa. La maladie mentale est déterminée : Schizophrénie. Elle refuse. Elle n'y croit pas. Elle n'est pas atteinte de folie. Non. Les voix sont folles. Pas elle. Elles sont venues à sa rencontre. Elles n'ont pas pris rendez-vous. Elle n'a rien demandé. Elles se sont imposées. Elle n'y est pour rien. Bon. Le diagnostique est posé. Elle peut partir. Elle veut partir. Non. Elle ne peut pas. Elle doit rester. Hospitalisation. Trente jours. Minimum.

*


Treize jours se sont écoulés. Il est 10h45. Elle est dans le jardin. Sur un petit banc. Près d'un grand chêne. Oui. Le jardin typique d'un asile. Comme dans les films. Un bâtiment. Un carré de verdure à proximité. Un banc et un arbre. Oui. Elle est assise. Elle attend. Elle n'attend rien. Elle n'attend personne. Personne ne l'attend. Ils ne sont pas venus la voir. Elle n'a pas eu de visites. Tant pis. Tant mieux. Elle ne manque pas. Elle regarde le soleil à travers les feuillages. Il l'éblouit. Elle a mal aux yeux. Elle continue. Elle écoute ce qu'on lui dit. Elle se moque du reste. Elle a chaud. Trop chaud. Elle baisse les yeux. Elle baisse la tête. Elle se lève et rentre. Elle doit monter. Manipulation. Elle gravit les étages. Un à un. Les marches une par une. Son but est atteint. L'ultime étage. Le treizième. Elle ouvre la porte. Elle est sur le toit. Le soleil tape. Ses joues piquotent. Il n'y a pas de plafond. Il n'y a pas d'araignée. Elle est seule. En tête à tête avec le soleil. Elle regarde en bas. Le banc est loin. Les feuilles le sont moins. Elles l'absorbent lentement. Petit à petit. Oui, le dioxyde de carbone. Elle se vide. Elle est vide. Elle est légère. Elle flottera. Bientôt.

*


La vie est un patchwork. Elle se construit. Case par case. Couleur par couleur. Il faut les accorder. C'est important. Ou pas. Prudence. L'aiguille pique. Rouge. Amour. Le maître des sentiments. Le plus complexe. Le plus dangereux. Le plus douloureux. Espoir. On cicatrise. On avance. On recule. On recule encore. On ne fait plus que ça. On s'enfonce. Gouffre. Désespoir. Il y a un manque. Un manque de tout. Il manque une case à son patchwork. La case de l'existence. Vide. Ca y est, elle vole. Noir.
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# Posté le mercredi 04 février 2009 12:34

Modifié le dimanche 29 mars 2009 05:29

La vieille et le Carambar. ©

Décor.
Une rue parsemée de maisons, à gauche de la scène, un brancard où repose une vieille et au milieu de la scène, un banc.


LA COMMERE. Oui oui bien sûr monsieur, je veux bien répondre encore à quelques unes de vos questions, mais sommes-nous obligé de le faire à proximité du brancard où repose ma défunte voisine?

LE JOURNALISTE. Non non bien sûr. Où voulez-vous aller? Là-bas? (Il montre l'autre côté de la scène du doigt)

LA COMMERE. Ah ça non, la dame qui se trouve là et qui justement nous observe passe son temps à me faire passer pour la comère du village...

LE JOURNALISTE. (Contrarié) Bon et bien, n'allons pas aussi près dans ce cas.

(iIs commencent à discuter et vont s'installer sur le banc).

LE JOURNALISTE. Du caramel mou, vous dites?

LA COMMERE. Ah oui ça, elle mangeait un carambar cette pauvre femme. Je ne sais pas d'où lui est venue cette idée d'ailleurs...

LE JOURNALISTE. En avez-vous une vous?

LA COMMERE. De quoi?

LE JOURNALISTE. Eh bien d'idée?

LA COMMERE. Je ne suis pas sûre de vous suivre... Qu'est-ce que vous voulez dire? Expliquez-vous!

LE JOURNALISTE. Vous me dites que vous ne savez d'où lui est venue cette idée, alors je vous demande si vous, vous saviez d'où lui était-elle venue...?

LA COMMERE. Ah ça mon bon monsieur, je n'en ai aucune idée... Allez-vous savoir ce qu'il se passait dans sa petite tête. Elle ne l'avait pas tout entière si vous voulez mon avis! Elle était un peu maboul, ah ça oui!

LE JOURNALISTE. Ne mangez-vous donc jamais de sucreries?

LA COMMERE. Que nenni hein dis! Vous avez perdu la boule? Je ne veux pas m'étouffer hein moi!

LE JOURNALISTE. Je ne vous parle pas de strangulation, chère madame, mais de gourmandise...

LA COMMERE. (Haussant la voix) Ecoutez, cette vieille folle de 83 ans n'a pas trouvé mieux pour entretenir son diabète que de se goinfrer de carambars. Que voulez-vous que je vous dise? Pourquoi et comment elle s'est étouffée? Si vous voulez perdre votre temps, allez poser toutes ces questions à son chat, il était là, il a tout vu!

LE JOURNALISTE. (Sur un ton professoral) Excusez-moi madame, mais avec tout le respect que je vous dois, je me permets de corriger ce que vous venez de dire : Les chats ne parlent pas...

LA COMMERE. (Avec sarcasme)Si je ne savais pas que vous étiez journaliste, je vous aurais pris pour un vétérinaire... Heureusement que je bénéficie de votre présence... Je serais restée dans l'ignorance! Merci pour l'information.

LE JOURNALISTE. Oh mais il n'y a pas de quoi! Je suppose qu'avec votre imagination débordante, vous pourriez admettre des hypothèses quant à l'accident non?

LA COMMERE. Vous avez bientôt fini oui!? Vous êtes gentil, mais autant dire que ça s'arrête là ! Vous voulez une histoire à écrire dans votre journal local? Et bien en voilà une. Cette vieille femme possédait certainement un dentier, le caramel se serait collé sur celui-ci et préoccupée, elle en aurait oublié de respirer... N'oubliez pas de préciser qu'elle avait le nez bouché...Ah ça oui! Quelle idée aussi, on ne fait plus ça à son âge...

LE JOURNALISTE. De quoi donc?

LA COMMERE. Mais enfin, de se gaver de caramel mou... (Calmemant) Sinon, j'ai une autre explication. Vous voulez l'entendre?

LE JOURNALISTE. Oui oui, au plus on en a, au mieux c'est...

LA COMMERE. Bon, comme vous le savez, sur la face interne de l'emballage des carambars, nous pouvons lire des blagues pour la plupart idiotes...

LE JOURNALISTE. (L'interrompant) Ah bon?!

LA COMMERE. Oui, un exemple? (il fait un signe positif de la tête) Alors alors: Un fou se tient en haut d'une grande échelle avec un livre,
- Que fais-tu, lui demande un passant ?
- Je fais des études supérieures...

(Le journaliste pouffe de rire)

LA COMMERE. Il n'y a rien d'hilarant monsieur! Enfin si l'on veut que mon hypothèse tienne debout, elle l'aurait lu et en aurait ri tout en mangeant le caramel et se serait étouffée...

LE JOURNALISTE. Quelle idée aussi...

LA COMMERE. De quoi donc?

LE JOURNALISTE. Eh bien de manger un carambar à son âge...

LA COMMERE. C'est ce que je me tue à vous dire. Vous savez, les vieux d'aujourd'hui feraient n'importe quoi pour se rendre intéressants... Si ils tombent souvent malades, c'est pas un hasard... Il faut bien qu'ils s'occupent.

[...]
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# Posté le jeudi 25 septembre 2008 14:20

Texte inspiré du film What's eating Gilbert Grape.©

Texte inspiré du film What's eating Gilbert Grape.©

"Endora est une ville. Une petite ville où à l'époque, il ne se passait pas grand chose, voir rien du tout. Le seul événement notable et annuel, était le passage massif de caravanes. Nous les attendions sur le bord de la route, les regardions défiler et nos esprits partaient partiellement avec elles. C'était notre manière, à mon frère et à moi, de nous évader, de voyager et d'oublier.

Lorsque Arnie est né, les médecins ne lui donnaient, sans plus, dix ans à vivre. Cette année-là, nous allions fêter ses dix-huit ans. Il possédait une énergie marginale, mais contraignante pour ceux qui la supportaient, voir qui la subissaient. Il profitait de mes moments de distraction pour s'adonner au loisir d'escalader le château d'eau de la ville. Ca lui procurait de la joie et un sentiment de puissance. Je pense que l'effet inverse pouvait se lire sur mon visage, sur celui des habitants et particulièrement sur celui des policiers. Ces derniers ne nous réprimendaient pas, ils savaient qu'avec ses six ans d'âge mental, il n'était nullement responsable, ni conscient de ses actes. Cela dit, nous leur faisions la promesse, en vain, que cela ne se reproduirait plus.

Après la mort de notre père, maman s'était, si l'on peut dire, plus que laissée aller. Elle n'avait pas pris moins de 200 kilos en dix ans. De quoi donner des frissons aux supportrices de Weight Watcher. Ne pouvant se déplacer comme elle le souhaitait, elle avait pris place sur le canapé du salon. Je me souviens qu'un jour, nous avions eu quelques petits soucis quant à la résistance du plancher de celui-ci. Un de mes amis, bricoleur dans l'âme, avait pu y remédier avec discrétion. Discrétion indispensable, dans la mesure où, la moindre contrariété la mettait dans un état de transcendance.
Les enfants qui roulaient à vélo devant notre maison, s'arrêtaient pour observer et vérifier si les “il paraît que...” se justifiaient. Vraisemblablement oui. Tel une baleine échouée dans son fauteuil, elle faisait l'objet de tous les vices et les ridicules.
Ellen, la cadette, ne supportait cette situation que trop peu. Adolescente en crise, du haut de ses quinze ans, il était difficile pour elle d'assumer, mais encore plus d'ignorer. L'aînée, Amy, se comportait plutôt comme une mère. Elle s'occupait de la maison et prenait soin de nous, contrairement à notre grand frère qui lui, s'était contenté de fuir.

Quant à moi, je travaillais dans une petite épicerie, je balayais, étiquetais et effectuais des livraisons. La cliente la plus régulière était Mme Carver. Celle-ci avait un mari, deux enfants et tout pour être heureuse.
Pourtant elle s'abandonnait, de temps à autre, aux agissements peu commodes de l'adultère... Avec le livreur.
M.Carver était assureur, il savait manipuler les gens avec hargne. Malheureusement, son coeur ne résista pas aux crises de sa femme, et il mourut dans les trente centimètres d'eau contenu dans la piscine de son jardin. Mort absurde, vous ne trouvez pas ? Je trouve aussi. Ce qui d'ailleurs, laissait apparaître le doute d'un possible meurtre.

Cet été là, j'ai fait la rencontre de Becky. Elle voyageait en caravane avec sa grand-mère. Leur voiture ayant décidé de “prendre congé”, elles étaient restées une semaine, non loin de chez moi, à attendre ce qui leur permettrait de partir.
La première fois que je l'ai vue, c'était à travers la vitrine de chez Ramp Café. La première fois que je l'ai rencontrée, c'était à l'épicerie, derrière un étalage de friandises. La première fois que nous nous sommes parlés, elle m'avait détaillé la complexité du mode de reproduction des menthes religieuses. Notre premier rendez-vous, nous l'avions passé avec un cornet de glace à la main. La première fois que nous nous sommes embrassés, c'était sous la pluie,...La première fois que nous nous sommes quittés, Arnie fêtait ses dix-huit ans.
Cette fête, nous l'avions préparée durant des semaines. Maman y mettait tout son coeur, comme si la venue de sa majorité était une libération. Idée futile, certes. Mais si ça pouvait l'aider de le penser, pourquoi pas. Effrayée à l'idée d'affronter le regard des autres, notre mère était restée enfermer toute l'après midi. Elle observait la foule et ça lui convenait.
Ce soir là, pour la première et dernière fois depuis sept ans, celle-ci montait, tant bien que mal, les escaliers qui la mèneraient dans la chambre qu'elle avait quittée depuis trop longtemps déjà. Elle s'était endormie sur le lit pour ne jamais plus s'y réveiller...”

Gilbert Grape.

# Posté le dimanche 01 juin 2008 05:06

Modifié le dimanche 07 septembre 2008 08:13

Journal d'une tablette. ©


Le 10 novembre 2007.


Qui suis-je ou plutôt que suis-je ? La réponse est simple, je suis une tablette. Non, non, pas la tablette de chocolat – pectoraux « hormonisés » - que possèdent les sportifs et que certains hommes ou femmes, dans leur grand désespoir, rêveraient de voir sur leur conjoint. D'ailleurs, heureusement qu'il leur reste les magazines pour combler ce fantasme.
En fait, je suis plutôt le fruit de leur déception et/ou de leur consolation. De leur déception parce qu'ils voient les kilos superflus prendre le dessus sur la balance. Et de leur consolation, car j'aurais, paraît-il, des vertus de bien-être pour le moral. Donc, pour le dire brièvement, si vous avez une petite surcharge pondérale et que ça vous déprime, prenez un morceau de chocolat pour l'assouvir.
Pourquoi écrire un journal ? C'est une question que vous devez sûrement vous poser. Je veux tout simplement laisser ma trace dans l'histoire. Après tout, je suis unique dans mon genre. C'est vrai, je suis bénéfique pour la santé et je suis source de plaisir, dans tous les sens du terme. Oui oui, vous avez bien compris, j'ai aussi des effets aphrodisiaques. Si c'est pas exceptionnel ça ?! Enfin, c'est ce que les Aztèques ont bien voulu faire croire. On dit même que Christophe Colomb ne trouvait aucune utilité à rapporter des fèves de cacao en Espagne. Maintenant, je comprends pourquoi il est resté célibataire toute sa vie. Bon, là je m'égare, venons-en au fait . J'écris ce journal, dans l'espoir qu'il soit un jour publié et pour prouver au monde entier que si je n'avais pas existé, il aurait fallu m'inventer.
Chers lecteurs, je vous abandonne un instant (ou plus), une grosse main, assez effrayante, s'approche dangereusement.

Le 11 novembre 2007.


Où suis-je? Dans un frigo. Pourquoi? Pour ne pas fondre et pour être mangée d'ici peu. Je ne me donne même pas cinq jours pour être engloutie. Personne ne pourrait résister à ma silhouette, comment dire...fine mais bosselée? Oui, ça convient parfaitement. Il faut dire aussi que ma robe en aluminium argenté dernier "design" en ferait fondre plus d'une !
Cela dit, il y a de la concurrence. Ma cousine est là , je vous avoue que ce n'est franchement pas le grand amour entre nous. Elle attire toujours toute l'attention sur elle, c'est vrai qu'elle est belle, et blonde par dessus tout, mais ça m'insupporte! Qui plus est, elle n'a aucune conversation, du moins intéressante. Si j'avais des oreilles, il me faudrait des boules "Quies".
Le comble du comble, c'est que cette petite pimbêche est raciste!
Oui je suis noire et alors ? Au moins j'ai le mérite d'être moins sucrée et moins calorique. Et puis elle devrait avoir honte de s'exhiber avec une robe dorée aussi démodée, de sous marque en plus.

Le 12 novembre 2007.


Hier, je pensais avoir touché le fond, mais ce n'était qu'un début. Personne n'a ouvert le frigo aujourd'hui, pourtant plein. Quand est-ce qu'ils vont manger ce fromage qui a une odeur absolument épouvantable ? C'est irrespirable ici. Oui, je sais, je n'ai pas la capacité de respirer. C'était juste une façon de parler, c'est son aspect qui me dégoûte le plus, il est hideux.
D'après ce que j'ai pu voir ou plutôt entrevoir, ils seraient quatre dans cette maison. Par conséquent, il doit bien y avoir un membre de la famille légèrement "cacaomane". De toute façon, il y en a toujours un ! Et puis, pas besoin de m'adorer pour me manger...Il suffit de regarder les sportifs, avant ou après chaque épreuve, ils nous consomment pour se donner de l'énergie. Malheureusement, je n'ai pas l'impression que ceux-ci fassent partie de la famille.
Les Hommes utilisent pas loin d'un millier d'excuses dans leur vie, notamment les ados d'aujourd'hui avec des "Oh je m'excuse madame, j'ai pas su vous rendre mon devoir parce que mon ordi a "beugé", alors j'ai perdu tout le contenu de mon dossier" ou alors "excusez-moi pour le retard, c'est de la faute du bus ! " . Rien de plus banal...Si les jeunes savent le faire, j'estime que les adultes en sont capables aussi. Après ça, qu'on ne vienne pas me faire croire qu'il n'y a aucune personne ici qui soit déprimée et qui ne sache se servir d'une excuse comme: "J'ai un coup de blues aujourd'hui, ça me ferait du bien de savourer un bon morceau de chocolat". C'est moi qui vais finir par l'avoir ce coup de blues. Vous imaginez la honte si la blonde est croquée avant moi ? Je tiens à garder un minimum de dignité . Quelle déception cette journée...

Le 13 novembre 2007.


Enfin un peu de divertissement, ça faisait longtemps! Un homme, probablement le patriarche, a ouvert brutalement la porte de notre sanctuaire et a par mégarde (c'est ce qu'il a prétendu devant sa femme) fait tomber ma cousine! Je pourrais dire " quel malheur! " , mais "quel bonheur!" serait plus approprié. Vous devez vous dire que je n'ai pas de coeur... Et bien vous voyez juste, c'est un fait : Je n'ai pas de coeur.
Après cette "tragédie",les pralines (en bonnes remplaçantes) sont venues nous rendre visite. Au moins, elles ont une conversation variée, elles.
En matière de ragots, elles s'y connaissent. Alors ça passe le temps et je dois dire que c'est pas désagréable. En même temps, si ça n'avait pas été le cas, je me serais posé des questions. A la dernière nouvelle, une nouvelle collection de pralines serait sortie, mais tenez-vous bien, pas n'importe laquelle! Elles seraient entièrement fourrées aux amandes et leur parure serait zébrée de chocolat noir, blanc et au lait ! Si je suppose que ce qu'elles disent est la vérité vraie, je pourrais avancer que l'inventeur est nouveau dans l'industrie du chocolat et qu'il essaye par tous les moyens de se faire une image originale pour épater la galerie... Franchement j'en ai une image éc½urante, quel mélange! Je suis sûre qu'un fast-food accueillera ces petites métisses à bras ouverts ...

Un peu plus tard...


Ce qui me fascine le plus, c'est leur façon de parler : " J'hallucinnneuh ! T'as vu comme ses nouvelles noisettes la mettent en valeur? J'veux les mêmes, y a pas moyen". Par ces mots, je pense qu'on pourrait les qualifier de "fashion victim" , aucune personnalité, elles veulent toutes la même chose et sont toutes les mêmes. Je sais, mon avis est légèrement stéréotypé. Mais après tout, c'est mon journal intime, il est normal que j'écrive ce que je pense ...


Le 14 novembre 2007.


Un vrai désastre ! Toutes décimées en une nuit !
Comment ça s'est passé ? Je ne pourrais le préciser exactement. Tout ce que je sais, c'est qu'une jeune fille a pris d'abord l'une d'entre elles, puis une deuxième et une troisième. Et pour finir a pris la totalité du ballotin...
Une chose est sûre, soit nous avions affaire à une grande gourmande, soit à une ado qui venait de subir la pire rupture amoureuse de toute sa vie...violente cette rupture ! Moi-même je ne m'en remets pas!
A mon deuil, s'ajoute une part de jalousie. Pourquoi ? Et bien, je serai la dernière à partir... Ma fierté en a pris un coup, en très peu de temps.
Finalement, en prenant du recul, je pense que j'aurais préféré rester dans le rayon du supermarché. Là-bas, je n'avais qu'une chose à faire : contempler les gens qui passaient...Il n'y avait rien de plus intéressant. Une fois, un petit garçon âgé de plus ou moins 4 ans, était debout, en face de moi, et il me regardait avec des yeux ronds. Je dois dire, que cet instant n'a pas duré longtemps. Mais après avoir assisté aux caprices qu'il a fait subir à sa mère pour me goûter, je ne me suis jamais sentie autant désirée. Ce souvenir me rappelle à quel point j'étais heureuse...

Le 15 novembre 2007.


Température: plus ou moins 23°C. Oui, vous avez compris, j'ai changé de décor.
Je me trouve sur la table de la cuisine, du moins en partie. Je dois dire que le changement est radical.
Ma moitié a trouvé son âme s½ur. Elle partage une casserole avec une espèce de liquide blanchâtre, probablement du lait. Si cette séparation fut douloureuse ? Pas le moins du monde ! Cette liposuccion m'a fait le plus grand bien. Je me sens relativement plus légère. Cela dit, le passage du chaud au froid me ramollit un peu. Sans doute un peu de fatigue.

Plus tard dans la journée...


Je suis dans un sac, un sac d'école a priori (il y des cahiers et un plumier) . On m'a enfermée dans une boîte ! Si ça c'est pas de l'isolement ?! Il ne fait pas bon vivre ici pour les claustrophobes. Oui, il arrive que certaines tablettes (et j'en fais partie...) ne supportent pas les espaces noirs et encore moins trop étroits. Mais bon, rien d'alarmant, j'en ai vu d'autres. Si j'ai survécu aux gloussements de la petite blondinette, je survivrai bien à ça...

Le 16 novembre 2007.


" Pomme, poire, banane, fraise,...Orange ! " L'unique vocabulaire d'un jus de fruit. Comment je le sais ? C'est mon nouveau voisin, je l'ai rencontré cette nuit.
Il vit provisoirement dans la poche d'à côté. Je m'en serais bien passé de celui-là. Grâce à son lexique extrêmement riche et varié, je suis prête pour le concours de " Qui veut gagner des pruneaux?" .
J'ai l'impression d'être à proximité d'une chaîne stéréo réglée sur le mode "repeat". Une vraie torture ! Un jus victime d'une "névrose lexicale", décidément j'aurai tout vu !En ce moment, je suis secouée dans tous les sens. Ca doit faire déjà quelques minutes. Sûrement l'enfant qui part à l'école, mais ça me ferait plaisir qu'il fasse une pause. Ma migraine est de plus en plus violente et question délicatesse, c'est pas trop ça. Je ne comprends pas pourquoi leurs parents n'ont pas pensé à leur intégrer un bouton "off". Ils leur donnent la capacité de bouger et de crier, mais pas celle de s'arrêter. Franchement, la nature est vraiment mal faite. Incroyable! Ca y est , plus aucun mouvement... Mon souhait est exaucé. Je pense avoir des pouvoirs télépathiques. Une chose que vous devrez retenir en refermant ce journal...

Quelques minutes plus tard...


Ce n'est donc que ça ? J'avais imaginé le passage dans l'½sophage un peu plus amusant. Je ne m'attendais pas aux montagnes russes mais un glissage plus rapide et plus sinueux ne m'aurait pas déplu.
Je me retrouve dans une espèce de bouillie chaude et gluante. Qu'est-ce qu'il a mangé ce matin ? C'est répugnant. Je ne vous raconte pas non plus l'état de ses dents. Enfin, ce qui lui restait... Quelle idée de les perdre aussi ! Quand elles se sont rapprochées, j'ai eu l'impression d'assister à une scène de film d'horreur. Je n'avais pas imaginé une fin pareille...

# Posté le vendredi 30 mai 2008 15:13